Un projet fou
Elles sont organisées, en juin 1979, par une bande de copains comme des soirées de soutien à leur association d’organisation de concerts appelée « Terrapin » (du nom d’un titre de Syd Barrett). L’un des enjeux est la rencontre entre les Rennais et la scène musicale locale, alors en pleine ébullition. On a l’habitude de décrire le contexte musical de cette naissance avec les termes « post-punk » et « new wave » (ce qui est avéré avec, notamment, Marquis de Sade). Mais, il ne faut pas minimiser le rôle qu’a joué le jazz dans la formation du goût des fondateurs du festival.
Les Rencontres Trans Musicales deviennent, très rapidement, un rendez-vous annuel à la demande des artistes et du public.
En 1980, elles s’ouvrent aux univers musicaux et à une programmation plus nationale. L’électro-pop et les expérimentations bruitistes autour de la musique industrielle (avec Parasites) s’y invitent. C’est lors de cette même édition qu’Étienne Daho présente, pour la première fois, ses chansons au public.
Lors des éditions suivantes, la programmation s’étoffe et accueille les premiers artistes étrangers. Bien que toujours majoritairement rock, les Trans évoluent vers des sons électroniques (Cabaret Voltaire) et de mixité culturelle (Carte de Séjour).
A la fin des années 80, d’autres tendances apparaissent dans la programmation: rhythm and blues, soul et funk (The James Taylor Quartet en 1988 ou encore Lenny Kravitz en 1989). C’est aussi la déferlante du rock alternatif français (Noir Désir, Mano Negra ou Les Négresses Vertes).
Les décennies 90 continuent à faire une large place aux nouvelles générations pop (Katerine en 1992) et rock (Nirvana en 1991, The Offspring en 1994). On retrouve, également, des artistes hip hop (IAM en 1990, MC Solaar en 1991 ou Alliance Ethnik en 1992).
Les années 2000 vont progressivement basculer vers une forme d’équilibre entre rock, groove, musiques électroniques et artistes « hors catégories ». Ce début de tendance à l’équilibre dans la programmation des Trans permet une diversité dans les représentations des nombreux courants musicaux (anciens ou novateurs). Si le passage par une programmation de têtes d’affiches et d’artistes reconnus semble d’abord obligé (Kraftwerk en 2004 ou The Fugees en 2005), les Rencontres Trans Musicales choisissent de se recentrer sur des artistes moins exposés afin de continuer à cultiver l’esprit de découverte.
Cet équilibre se conforte sur la décennie suivante, et l’esprit du festival demeure immuable: celui de défendre inlassablement les créations des artistes pour les faire découvrir à tous les publics. Ce projet fou a grandi. De 12 groupes rennais sur une seule scène au départ, les Trans mettent aujourd’hui en lumière 85 groupes d’une trentaine de pays sur sept scènes.
Une programmation instinctive
Le festival est reconnu, notamment, pour proposer des programmations riches en artistes peu connus. Comment les Trans proposent-elles cette programmation atypique, en rapport avec celle d’autres grands festivals français ?
Jean-Louis Brossard, seul membre fondateur encore présent et directeur artistique, met en avant l’esprit de découverte dont le « coup de cœur » reste l’un des critères le plus décisif dans ses choix. Il n’hésite pas à aller les découvrir et surtout les confirmer, en temps normal, sur des festivals de showcases en Europe… parfois même à l’autre bout du monde.
Il met, généralement, en avant des artistes dont leur caractère singulier, leur forte personnalité et leur charisme s’exprime pleinement sur scène. C’est une approche que Jean-Louis Brossard définit « au feeling ».
Les coups de cœur ont toujours primé sur l’idée de quotas ou d’un cahier des charges artistique. Certains feront partie des « révélations des Trans »: ces artistes qui, dans les semaines ou les mois qui suivent le festival, accèdent à la reconnaissance auprès d’un public beaucoup plus large.
Le petit frère des Trans Musicales
Les révélations musicales investissent encore plus largement la métropole rennaise.
En effet, en marge du festival musical international des Trans Musicales, un autre rendez-vous anime dans le même tempo la ville de Rennes. Ainsi, les Bars en Trans, sorte de off du festival officiel, se déclinera dans quatorze lieux de concerts pour présenter 130 groupes.
Le plaisir se retrouve en vagabondant dans les bistrots rennais en quête de la future révélation française. Le festival off a fait jouer, entre autres, Louise Attaque, M, Miossec, Christine & The Queens ou encore Feu! Chaterton avant leur éclosion.
Dix bars accueilleront, parmi lesquels L’Uzine, l’Amrock ou Le Papier Timbré.
Même si ce festival est organisé indépendamment des Trans Musicales, les relations entre les organisateurs restent très cordiales.
La certification ISO 20121
Le festival a su s’adapter à certaines évolutions. Béatrice Macé, l’une des membres historiques et en charge de la production, lui a apporté une dimension novatrice. Elle a, notamment, travaillé sur le développement durable et solidaire.
« L’engagement développement durable des Trans remonte à 2005, dans la foulée de l’installation au Parc Expo. Le festival a, alors, vraiment grandi d’un coup. Béatrice Macé a très vite pris conscience des impacts environnementaux mais aussi sociaux du festival, en particulier sur les questions d’accessibilité » déclare Xavier Paillet (responsable du développement durable et solidaire aux Trans).
C’est ainsi que, dès 2013, les Rencontres Trans Musicales obtiennent la certification ISO 20121. Elles sont, alors, le premier acteur culturel français à s’inscrire dans cette norme de développement durable du secteur évènementiel.
A titre d’exemple d’enjeu environnemental et de sécurité, la thématique du transport a toujours été une préoccupation. Aujourd’hui, sur les 30 000 personnes qui viennent au Parc Expo chaque année, près de 70 % utilisent déjà des navettes.
Quelques immanquables pour la 43ème édition
L’édition 2021 va revenir à la normale par rapport à l’année dernière où avait été initiés les « Trans s’invitent chez vous ». Douze groupes avait été diffusés, en direct, le jour du festival. Quelques uns d’entre eux ont la chance de réitérer l’aventure des Trans, cette année… mais sur cette scène ! Difficile de faire un choix objectif, mais parmi eux, il y aura:
Lujipeka
Jeune artiste rennais issu du collectif Columbine, Lujipeka a entamé l’an dernier une aventure en solo plus que jamais guidé par son goût immodéré pour la liberté, de ton et d’action… Un pied dans la pop, un autre dans un hip hop référencé et décalé. Il mettra en scène son premier album Montagnes Russes.
Pas à ma place https://youtu.be/NX_0SSJYnYE
Gwendoline
Derrière ce prénom aux origines celtes, se cache un duo rennais. De la poésie punk.
Gwendoline est un groupe accompagné par La Carène (Brest), SEW (Morlaix) et Les Trans, dans le cadre du dispositif de production mutualisée de la région Bretagne.
Audi rtt https://youtu.be/H3BagAGF4QY
Une créations exclusive signée Yann Tiersen
Le public va pouvoir découvrir le Yann Tiersen Electronic Set . Le pianiste breton va quitter son île d’Ouessant et venir sur la scène des Trans pour revisiter son répertoire en mode électronique. Il sera accompagné par un show vidéo orchestré par l’artiste multimédia Sam Wiehl.
Poull Bojer https://youtu.be/dwW1bl6epno
Surprenants…
La programmation est très variée, et par la découverte, on se laisse surprendre…
Antti Paalanen
Ce finlandais, classé dans un style transe viking, pratique un chant de gorge… Difficile à décrire, mais à découvrir…
Elä https://youtu.be/-lucBLN7hfc
Star Feminine Band
Dans un tout autre registre, sept jeunes béninoises se sont réunies pour une musique moderne d’inspiration traditionnelle. Leurs chansons vantent l’émancipation de la femme africaine, l’optimisme et la liberté.
Femme africaine https://youtu.be/bdDp6VAXXbk
Mes coups de cœur
A l’écoute de différents artistes, certains ont retenu mon attention plus que d’autres…
Donna Blue
Guitares western à la Ennio Morricone et synthétiseurs vaporeux servent de décor de cinéma aux balades romantiques offertes par ce duo néerlandais. Un tandem à la ville, comme à la scène.
Sunset Blvd https://youtu.be/3w6Cu7jbgK4
Andrea Laszlo de Simone
Originaire du nord-ouest de l’Italie, le turinois est auteur, compositeur, interprète, multi-instrumentiste et producteur de ses propres œuvres.
Il se produira au Théâtre National de Bretagne (TNB) pour deux concerts exceptionnels, avec une formation élargie (guitare, basse, batterie, claviers, trompette, violon et violoncelle).
Dal giorno in cui sei nato tu https://youtu.be/F3DGBuM9hjl
Molly Lewis
Siffleuse professionnelle, sa technique subtile et expressive rappelle celle du formidable soliste Alessandro Alessandroni, fidèle collaborateur des B.O. de westerns. Un art aussi étrange qu’envoûtant.
Oceanic Feeling https://youtu.be/YZ6vuWFxvGM
Les Rencontres Trans Musicales affichent, une nouvelle fois, une programmation très éclectique et pleine de surprises. Les Trans ont lieu sur cinq jours, et c’est le fruit d’un long travail de découverte et d’accompagnement. A découvrir… ou à (re)découvrir.