3 avril 2025

MOSTÄ : une « auberge de jeunesse version concert » à Nantes

À l’aube de la seconde édition de leur festival du 9 au 12 avril, MOSTÄ revient sur son parcours et ses ambitions de développer les musiques alternatives à Nantes.

MOSTÄ : une « auberge de jeunesse version concert » à Nantes

03 Avr 2025

À l’aube de la seconde édition de leur festival du 9 au 12 avril, MOSTÄ revient sur son parcours et ses ambitions de développer les musiques alternatives à Nantes.

C’est en 2023 que MOSTÄ prend naissance, à l’initiative de Rapha, ancien programmateur d’émission radio chez Prun’. Ce nom original est un clin d’œil au village d’origine de ses grands-parents, Mostaganem en Algérie. Symbole d’une culture transmise de générations en générations, l’association ambitionne de promouvoir les musiques alternatives, dans une démarche d’accessibilité et d’ouverture. Aujourd’hui, la structure est à la fois organisatrice de concerts en bars, organisatrice du festival MOSTÄ, ainsi que label de production.

Nous rencontrons l’équipe au Cafk, un bar partenaire qu’iels affectionnent particulièrement. Nous sommes reçus par Anne, en charge du booking ; Killian, musicien du groupe DOUVE ; Rapha, chargé de la programmation et également musicien de DOUVE, ainsi que Teo, à l’origine de l’identité visuelle de MOSTÄ.

Les membres de MOSTÄ de gauche à droite : Téo, Rapha, Killian et Anne.

Une programmation variée et alternative

Le dada de MOSTÄ ? Plutôt les musiques rock et indés. À la différence des concerts organisés par Rapha et Killian avec l’association Banana Derby, MOSTÄ souhaite apporter une cohérence artistique dans leurs événements parfois multiformats. Exposition, friperie…plusieurs disciplines sont invitées à prendre part aux festivités. Une représentation de « La Culture avec un grand C », complète Killian.

Lorsque l’occasion se présente, l’association programme des artistes étrangers en tournée en France. Ces rencontres internationales leur permettent parfois de voyager en retour afin de rendre visite à leurs nouveaux amis. Par ailleurs, une attention est portée aux groupes locaux : un groupe nantais parraine chaque soirée du MOSTÄ festival et un groupe local ouvre les soirées de release party (sortie de disques ou cassettes). Selon Killian, l’idée est de « Faire découvrir la scène internationale indépendante à la scène nantaise et faire découvrir la scène nantaise à l’international ».

MOSTÄ trouve sa place au sein de l’écosystème culturel nantais alternatif

L’équipe nous partage son attrait pour Nantes, pour sa diversité de propositions culturelles et musicales, raison pour laquelle certains ont décidé de s’y installer. Iels évoquent une résistance notable des collectifs et bars nantais pour continuer de faire exister la vie nocturne en dépit des problématiques de voisinage. Rapha ajoute : « Y’a beaucoup d’assos. Faut se faire sa place, découvrir qui fait quoi, qui bosse avec qui pour proposer autre chose. »

MOSTÄ estime avoir créé une relation de confiance avec sa communauté. Certaines personnes se rendent seules aux événements, parfois sans connaître les artistes au préalable. L’équipe attache une grande importance à la dimension humaine et la création de liens dans leurs événements, qui regroupe des personnes de divers horizons. Killian ajoute en riant : « Une auberge de jeunesse version concert ».

La structure tient à son identité alternative, qu’elle considère plus riche en termes d’échanges que d’autres salles de concert nantaises. La joyeuse bande se reconnaît dans des valeurs qu’elle décrit comme undergound, punk, indépendantes, dans une volonté résolue de créer de la proximité avec son public.

Une recherche de financement indispensable pour grandir

100% autofinancée, l’aventure MOSTÄ est rendue possible grâce aux compétences complémentaires de chacun•e de ses membres. À terme, elle vise la professionnalisation pour pouvoir notamment rémunérer celleux qui souhaiteraient s’engager à plein temps. « Y’a une grosse phase de transition, des jobs pour pouvoir faire avancer le projet et ça demande des sacrifices en termes de temps, d’effort et de sous. Mais derrière l’idée c’est de pouvoir faire ce qu’on aime » explique l’un•e des organisateurices.

L’équipe pressent être dans un moment charnière. L’association commence à faire sa place et être identifié à Nantes, le moment est venu de demander des financements de la collectivité afin de continuer à faire grandir le projet et le structurer.

Une seconde édition du festival qui approche à grand pas

Du 9 au 12 juin 2025, le festival se tiendra dans trois lieux nantais : Blockhaus DY10, Pannonica et le pôle étudiant de Nantes Université. Toujours dans une volonté d’accessibilité, les entrées sont proposées à bas coût, soit 12 euros en prévente pour une soirée et 40€ pour le pass 4 jours.

L’affiche de cette année est inspirée des milieux du graffiti et anime des années 30. « Ça a donné un nouveau souffle, une vraie identité à MOSTÄ le fait que Teo s’occupe des affiches, des logos des visuels…C’est vraiment singulier de l’asso » affirme Killian, acquiescé par ses collaborateurs.

La soirée est à 12 euros en prévente et le pass 4 jours est à 40€.

Cela fait bientôt 4 ans que Savannah réside à Nantes, capitale culturelle du grand Ouest. C’est d’ailleurs cette réputation qui a incité Savannah à investir ce qu'elle nomme “la grande ville”.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017