5 avril 2025

Yemayaba : La batucada féministe qui fait vibrer les luttes

Yemayaba, batucada féministe née à Nantes, allie musique et militantisme pour soutenir les luttes. Marie et Camino, deux des fondatrices, nous en dises plus sur ce groupe inclusif offrant un espace sécurisé où chacun.e peut s’exprimer librement, alliant joie collective et engagement.

Yemayaba : La batucada féministe qui fait vibrer les luttes

05 Avr 2025

Yemayaba, batucada féministe née à Nantes, allie musique et militantisme pour soutenir les luttes. Marie et Camino, deux des fondatrices, nous en dises plus sur ce groupe inclusif offrant un espace sécurisé où chacun.e peut s’exprimer librement, alliant joie collective et engagement.

Yemayaba, batucada féministe née à Nantes, est plus qu’un simple groupe de percussion. Ce projet engagé combine musique, militantisme et solidarité pour soutenir les luttes. Rencontre avec Marie et Camino, deux des fondatrices, qui nous expliquent l’origine de cette initiative.

La naissance d’un projet militant

C’est une discussion entre amies qui a semé la graine de Yemayaba. Marie, membre d’une batucada non militante, a ressenti le besoin de voir un tel groupe se créer dans les manifestations. « Je fais partie d’une autre batucada qui ne fait pas les manifs mais je trouve que c’est l’essence d’une batucada, c’est lié à l’histoire des luttes au Brésil. Ça a beaucoup de sens d’être là pour soutenir les luttes», explique-t-elle.

Pour Camino, arrivée à Nantes il y a deux ans, la percussion est aussi un moyen personnel de guérison. « La percussion m’a permis de décharger tout ce que j’ai traversé. J’avais très envie de partager cela avec d’autres, que ce soit pour la lutte, contre la violence, ou pour partager des moments de joie », confie-t-elle.

Trois membres de Yemayaba, au centre Camino et Marie à droite, au café les Impertinant.es. @ju_dcntz

Une démarche inclusive et joyeuse

L’un des principes fondateurs de Yemayaba est la mixité choisie. Pas d’hommes cisgenres, afin de créer un espace sûr où chacun.e peut pleinement s’exprimer. « Cela permet à chacun de trouver sa place, de jouer sans crainte, d’oser ce que certains n’oseraient pas dans un groupe mixte », précise Marie. Un moyen de rendre visible la voix des personnes sexisées dans un environnement souvent dominé par des dynamiques masculines.

L’une des membres de Yemayaba lors d’une répétition. @ju_dcntz

La batucada devient alors un moyen de « «faire du bruit » et de « s’affirmer dans l’espace public », une manière de dire qu’iels existent et se battent, dans la joie, pour des causes qui leurs sont chères. Parce que les luttes sont épuisantes, pour Marie : « la musique et la danse apportent un soutien et une énergie différente.»

Loin d’être uniquement une démarche militante, Yemayaba prône aussi la joie collective. « Les gens dansent, et c’est ça qui est génial», raconte Camino. Lors de leur première sortie publique le 25 novembre (journée de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ndlr), iels ont vu des manifestant.e.s se mettre à danser sous la pluie. « Ce côté spontané, c’est ce qu’on cherche. On ne fait pas que revendiquer, on célèbre aussi», ajoute-t-elle.

« Yemayaba » et sa symbolique

Le nom « Yemayaba » fait référence à Yemaya, la déesse yoruba des océans et de la fertilité, un symbole fort pour ce groupe. « Yemaya est la mère de nombreuses divinités dans la culture africaine et brésilienne. ‘Ayaba’ signifie reine en yoruba, et ainsi ‘Yemayaba’ devient une reine, une protectrice, une déesse », explique Marie. Un nom qui résume bien l’esprit de Yemayaba : puissant, inclusif, et enraciné dans les luttes ancestrales.

 

Le groupe en est encore à ses débuts, et comme beaucoup d’initiatives collectives, il recherche du soutien pour se développer. « On répète avec des objets récupérés, comme des sceaux et des cuillères, mais c’est vrai qu’on aimerait pouvoir investir dans des instruments de percussion adaptés pour avoir un son plus puissant », confie Camino. Pour financer l’achat de nouveaux instruments, iels ont lancé une cagnotte participative. Iels invitent également toutes les personnes intéressées à rejoindre les répétitions et à contribuer à l’élan du groupe.

 

Plus vite, plus fort, et à plus grande échelle : c’est dans l’idée de se construire comme journaliste et faire porter la voix des autres qu’elle a rejoint Fragil.

L'édito

Touche pas à mon info !

L’investigation vit-elle ses derniers mois sur l’audiovisuel public en France ? Contraints par une réduction budgétaire de 50 millions d’euros en 2018 par rapport au contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’ancien gouvernement, les magazines « Envoyé Spécial » et « Complément d’enquête » verront leurs effectifs drastiquement diminués et une réduction du temps de diffusion au point de ne plus pouvoir assurer correctement leur mission d’information. Depuis l’annonce, les soutiens s’accumulent, notamment sur Twitter avec le hashtag #Touchepasàmoninfo, pour tenter de peser sur les décisions de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, déjà visée par une motion de défiance. L’association Fragil, défenseur d’une information indépendante et sociétale, se joint à ce mouvement de soutien.

Après la directive adoptée par le Parlement européen portant sur le secret des affaires en avril 2016, il s’agit d’un nouveau coup porté à l’investigation journalistique en France. Scandales de la dépakine, du levothyrox, du coton ouzbek (pour ne citer qu’eux), reportages en France ou à l’étranger sur des théâtres de guerre, à la découverte de cultures et de civilisations sont autant de sujets considérés d’utilité publique. Cela prend du temps et cela coûte évidemment de l’argent. Mais il s’agit bien d’éveiller les consciences, de susciter l’interrogation, l’émerveillement, l’étonnement ou l’indignation. Sortir des carcans d’une société de consommation en portant la contradiction, faire la lumière sur des pratiques, des actes que des citoyens pensaient impensables mais bien réels. Telle est « la première priorité du service public », comme le considère Yannick Letranchant, directeur de l’information.

En conclusion, nous ne pouvions passer à côté d’une citation d’Albert Londres ô combien au goût du jour, prix éponyme que des journalistes d' »Envoyé Spécial » ont déjà remporté : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. »


Valentin Gaborieau – Décembre 2017