Yemayaba, batucada féministe née à Nantes, est plus qu’un simple groupe de percussion. Ce projet engagé combine musique, militantisme et solidarité pour soutenir les luttes. Rencontre avec Marie et Camino, deux des fondatrices, qui nous expliquent l’origine de cette initiative.
La naissance d’un projet militant
C’est une discussion entre amies qui a semé la graine de Yemayaba. Marie, membre d’une batucada non militante, a ressenti le besoin de voir un tel groupe se créer dans les manifestations. « Je fais partie d’une autre batucada qui ne fait pas les manifs mais je trouve que c’est l’essence d’une batucada, c’est lié à l’histoire des luttes au Brésil. Ça a beaucoup de sens d’être là pour soutenir les luttes», explique-t-elle.
Pour Camino, arrivée à Nantes il y a deux ans, la percussion est aussi un moyen personnel de guérison. « La percussion m’a permis de décharger tout ce que j’ai traversé. J’avais très envie de partager cela avec d’autres, que ce soit pour la lutte, contre la violence, ou pour partager des moments de joie », confie-t-elle.

Trois membres de Yemayaba, au centre Camino et Marie à droite, au café les Impertinant.es. @ju_dcntz
Une démarche inclusive et joyeuse
L’un des principes fondateurs de Yemayaba est la mixité choisie. Pas d’hommes cisgenres, afin de créer un espace sûr où chacun.e peut pleinement s’exprimer. « Cela permet à chacun de trouver sa place, de jouer sans crainte, d’oser ce que certains n’oseraient pas dans un groupe mixte », précise Marie. Un moyen de rendre visible la voix des personnes sexisées dans un environnement souvent dominé par des dynamiques masculines.

L’une des membres de Yemayaba lors d’une répétition. @ju_dcntz
La batucada devient alors un moyen de « «faire du bruit » et de « s’affirmer dans l’espace public », une manière de dire qu’iels existent et se battent, dans la joie, pour des causes qui leurs sont chères. Parce que les luttes sont épuisantes, pour Marie : « la musique et la danse apportent un soutien et une énergie différente.»
Loin d’être uniquement une démarche militante, Yemayaba prône aussi la joie collective. « Les gens dansent, et c’est ça qui est génial», raconte Camino. Lors de leur première sortie publique le 25 novembre (journée de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, ndlr), iels ont vu des manifestant.e.s se mettre à danser sous la pluie. « Ce côté spontané, c’est ce qu’on cherche. On ne fait pas que revendiquer, on célèbre aussi», ajoute-t-elle.
« Yemayaba » et sa symbolique
Le nom « Yemayaba » fait référence à Yemaya, la déesse yoruba des océans et de la fertilité, un symbole fort pour ce groupe. « Yemaya est la mère de nombreuses divinités dans la culture africaine et brésilienne. ‘Ayaba’ signifie reine en yoruba, et ainsi ‘Yemayaba’ devient une reine, une protectrice, une déesse », explique Marie. Un nom qui résume bien l’esprit de Yemayaba : puissant, inclusif, et enraciné dans les luttes ancestrales.
Le groupe en est encore à ses débuts, et comme beaucoup d’initiatives collectives, il recherche du soutien pour se développer. « On répète avec des objets récupérés, comme des sceaux et des cuillères, mais c’est vrai qu’on aimerait pouvoir investir dans des instruments de percussion adaptés pour avoir un son plus puissant », confie Camino. Pour financer l’achat de nouveaux instruments, iels ont lancé une cagnotte participative. Iels invitent également toutes les personnes intéressées à rejoindre les répétitions et à contribuer à l’élan du groupe.